Vinci va créer un deuxième aéroport à Lisbonne

Vinci va construire, d’ici à 2022, le second aéroport de Lisbonne, à Montijo, en plus d’agrandir substantiellement l’actuel.

 

Le groupe français de BTP et de concessions poursuit sa croissance dans l’aérien. Il a acquis seize plates-formes en un an.

Sur la rive sud de l’embouchure du Tage, au bout d’une route bordée de pins parasols, des avions militaires à la carlingue grise sommeillent à l’ombre de hangars verts, le long d’une piste bordant le fleuve. C’est sur cette base militaire de l’armée de l’air portugaise, à Montijo, que Vinci va construire, d’ici à 2022, le second aéroport de Lisbonne, en plus d’agrandir substantiellement l’aéroport actuel.

L’accord entre le groupe français et le gouvernement portugais a été signé sur place, mardi 8 janvier, sous les applaudissements d’un aréopage de ministres et de hauts gradés, et sous les huées d’opposants inquiets pour l’environnement de l’estuaire et ses oiseaux migrateurs.

Vinci, qui gère les dix aéroports du Portugal depuis qu’il a mis la main sur l’opérateur national ANA pour 3 milliards d’euros en 2013, va investir 1,15 milliard d’euros sur dix ans, entièrement sur fonds propres

Cette extension aéroportuaire, objet de vifs débats depuis un demi-siècle dans le pays, doit permettre d’amplifier encore l’essor du tourisme, devenu vital pour le Portugal. « Cette décision va enfin régler l’un des principaux problèmes du développement économique dans ce pays », s’est félicité le maire de Lisbonne, Fernando Medina. Le tourisme a rapporté 15 milliards d’euros en 2017 ; le gouvernement en espère 26 milliards d’euros en 2027. Or la quasi-totalité des visiteurs arrivent par avion.

Le trafic aérien à Lisbonne a doublé en six ans, passant de 15 millions de passagers en 2012 à 29 millions en 2018. « La croissance a été trois fois plus rapide que ce à quoi nous nous attendions, notamment en raison du boom du tourisme urbain », observe Nicolas Notebaert, le directeur général de Vinci Concessions et président de Vinci Airports. Malgré 300 millions d’euros déjà investis pour fluidifier les parcours et optimiser la piste, l’aéroport est totalement saturé.

Vinci, qui gère les dix aéroports du Portugal depuis qu’il a mis la main sur l’opérateur national ANA pour 3 milliards d’euros en 2013, va investir 1,15 milliard d’euros sur dix ans, entièrement sur fonds propres : 650 millions pour créer 185 000 m2 de terminal supplémentaire sur le site historique d’Humberto-Delgado, qui gardera un rôle de « hub » pour la compagnie nationale TAP. Et 500 millions pour construire le nouvel aéroport de Montijo, un bâtiment de 90 000 m2 en forme de pointe de flèche, spécialisé dans les liaisons sans correspondance et les vols low cost.

 

Intense cycle de croissance et d’acquisitions

Les deux plates-formes, en passant de 40 à 72 mouvements d’avion par heure, doivent permettre de doubler encore le nombre de passagers. Des navettes routières relieront les deux aéroports en une demi-heure grâce au spectaculaire viaduc Vasco-de-Gama, également construit et exploité par Vinci. Et des navettes fluviales desserviront le centre-ville depuis Montijo.

Pour Vinci Airports, cet investissement boucle un intense cycle de douze mois de croissance et d’acquisitions. Le groupe a pris le contrôle, le 27 décembre, de l’aéroport de Gatwick, en Grande-Bretagne, pour 3,2 milliards d’euros, après avoir obtenu en 2018 la concession des aéroports de Belgrade (Serbie), de Kobé (Japon), de Salvador de Bahia (Brésil) et repris les 12 plates-formes de l’américain Airports Worldwide, parmi lesquelles des aéroports à Orlando (Etats-Unis), au Costa Rica, à Belfast (Irlande du Nord) et à Stockholm (Suède). Vinci gère désormais 46 aéroports dans le monde, pour un trafic annuel de 228 millions de passagers, ce qui hisse le groupe au quatrième rang mondial.

Cette politique d’acquisitions n’est pas terminée. Le trafic aérien, qui devrait encore doubler d’ici à 2030, progresse à un rythme deux fois supérieur à celui de la croissance de l’économie. Et les aéroports offrent une meilleure rentabilité que les autoroutes, cœur du métier de Vinci dans les concessions. « Les leviers de création de valeur sont plus riches et plus variés dans les aéroports. On peut être proactif et convaincre les compagnies aériennes d’ouvrir de nouvelles routes », explique Xavier Huillard, le PDG de Vinci.

Surtout, les contrats autoroutiers ne sont pas éternels. « Un jour, les concessions arriveront à leur terme. Il nous faut acquérir et développer des actifs qui arriveront à maturité pour les remplacer, note M. Huillard. Nous ne sommes pas pressés, mais l’idéal serait que Vinci Airports atteigne la taille de notre secteur autoroutier. » Soit 6 milliards d’euros de chiffre d’affaires au niveau international, quand le revenu consolidé des aéroports de Vinci atteint aujourd’hui 1,8 milliard d’euros.

Le groupe garde un œil sur les aéroports de Bruxelles, de Marseille ou de Lille… en attendant que le gouvernement français prenne une décision sur la privatisation du groupe ADP (ex-Aéroports de Paris), dont le principe est acté. Déjà actionnaire à hauteur de 8 %, Vinci est sur les rangs en cas de cession par l’Etat de ses 50,6 %, valorisés à près de 9 milliards d’euros. « Cela fait sens pour nous, à condition d’avoir le contrôle, ou la perspective de prendre le contrôle », précise M. Huillard. Les 3,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires d’ADP et ses 225 millions de passagers feraient de Vinci Airports le nouveau numéro un mondial.

Source: Le Monde

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